Ce titre est un peu provocateur mais pas complètement dénué de sens. Rappel de l’excédent thermique à venir des 10 prochains jours :

Sur les 7 prochains jours, nous serons sur un excédent de +4°C à l’échelle nationale. Voyez aussi comment la douceur envahit toute l’Europe hormis la Scandinavie. Le froid est donc cantonné très loin.
Au delà de 7 jours, on entrevoit un léger refroidissement mais qui nous maintiendrait au dessus des normales. Donc aucune perspective hivernale à 10 jours avec un temps devenant plus perturbé à partir de mercredi 27 mais la neige tomberait à moyenne/haute altitude en montagne.
Et la suite? Que peut-on prévoir pour janvier ?

La mise à jour C3S de décembre pour janvier 2024, entrevoit un flux d’ouest à nord-ouest océanique dominant pour nous véhiculant une certaine douceur et des précipitations plus importantes que la normale. En l’état au vu de différents paramètres que l’on observe, cette tendance pour janvier parait tout à fait probable. Après cependant attention par essence avec les modèles saisonniers, une tendance est « lissée » et ne tient pas compte des variations possibles au cours d’un mois. Les probabilités hivernales en plaine, paraissent bien faibles pour ce mois de janvier, le potentiel de neige en montagne parait par contre bien meilleur surtout si le flux venait à voir cette légère courbure nord-ouest.

Le WRP du centre européen établissant la probabilité des régimes de temps suivant la période à venir de janvier, ne dit pas autre chose. Qu’est ce qu’on peut retenir?
Un petit refroidissement pourrait s’opérer début janvier avec un flux de nord-ouest possible à l’arrière d’un système perturbé, avec éventuellement encore de l’instabilité.
Prédominance ensuite d’un régime de dorsale anticyclonique atlantique avec un flux de nord-ouest à nord, mais la provenance maritime n’autoriserait pas de coups de froid. Simplement possiblement des températures de saison. Concernant l’humidité, cela reste à affiner.
La deuxième partie de mois pourrait être sous les auspices de nouveau d’un courant d’ouest océanique plutôt doux et parfois humide.
Aucune perspective hivernale en plaine retenu par le WRP.
En conclusion, on entrevoit un mois de janvier plutôt doux et humide même si quelques jours plus froids par si par là ne sont pas à exclure.
Que peut-on prévoir pour Février ?

Très peu de différences pour le C3S avec la modélisation de janvier. Ce serait pour nous encore une fois la prédominance d’un flux océanique d’ouest à nord-ouest plutôt doux et humide. Encore que l’humidité parait moins prédominante sur février par rapport à janvier. Ce qu’on remarque tout de même à l’échelle hémisphérique c’est la récurrence possible d’un blocage de grande ampleur entre le Groenland et le Canada. Cela pourrait favoriser l’occurrence de descentes froides davantage à l’affut de l’Europe de l’ouest. Mais globalement les perspectives hivernales en plaine resteraient faibles même si on ne peut rien exclure complètement.
A ce jour, on peut tabler sur un mois de février plutôt doux et humide.
Pour les tendances de janvier et février, nous venons de présenter les scénarios MAJORITAIRES, qui ont donc les plus fortes chances de se dérouler. Cependant en météo, le diable est dans les détails et c’est là que rentre en ligne de compte ce qu’on appelle l’étude du sub-saisonnier qui peut venir bousculer l’ordre établi et faire passer un scénario MINORITAIRE initialement devant le MAJORITAIRE !!
PARTIE TECHNIQUE DE LA TENDANCE SAISONNIERE (soit vous continuez avec moi à lire et essayer de comprendre, soit vous en restez à la première partie vulgarisée) :
Qu’est ce qui peut bousculer l’ordre établi ?
- Le vortex polaire stratosphérique à travers un réchauffement majeur possible

Je ne rentrerai pas dans tous les détails techniques car ils sont tellement multiples mais j’en viendrai au but. Un réchauffement stratosphérique mineur ou majeur est modélisé pour le début janvier avec un déplacement du vortex polaire à 10 HPA (au dessus de 10 km d’altitude). Ce réchauffement s’opérerait au dessus de la mer de Sibérie Orientale se déplaçant en direction de l’Alaska. A ce jour, quasi aucun scénario entrevoit ce qu’on appelle un renversement des vents zonaux et 0 scénario entrevoit de scission complète du vortex.
Quels peuvent être les effet de ce type de réchauffement stratosphérique?
Il peut y avoir en effet que s’il y a connexion entre stratosphère et troposphère avec diffusion du flux de chaleur dans la troposphère. Nous avons les réchauffements propagatifs et les réchauffements non propagatifs.

Une faible propagation dans la troposphère parait à ce jour envisageable à travers l’afflux de NAM-. Mais elle ne pourrait être que temporaire. Les effets restent encore complètement à établir.

Toujours intéressant aussi de voir au 1er janvier l’état de la basse stratosphère quand on descend à 150 hPa. On a un ralentissement net des vents zonaux mais pas de renversement. On voit aussi ces hautes pressions vers la Scandinavie tendant vers le Canada. Le vortex polaire bascule au dessus de l’Eurasie.
En liaison avec l’évolution de ce paramètre, le plus probable pour la France et l’Europe en général, c’est que cela se traduise par un renforcement possible notamment vers la mi-janvier du flux d’ouest océanique avec de la douceur. Très peu probable dans ce genre de configuration que cela véhicule du froid même si ça ne peut être complètement exclu. Par contre, l’Europe du nord et notamment la Scandinavie, pourraient bénéficier d’un froid important. (scénario majoritaire : doux et humide / scénario minoritaire : froid)
2) La MJO (oscillation de Madden Julian)

Facteur sub-saisonnier prépondérant à prendre en compte. On reste sur une contreperformance des modèles sur décembre qui avaient surestimé son amplitude ce qui aurait pu engendrer un refroidissement sur cette fin décembre, refroidissement qui n’aura pas lieu et qui aboutit à tout le contraire. Les modèles ont du mal à l’appréhender en raison d’El Nino qui interfère d’une manière destructive parfois.
L’on entrevoit une phase 8-1-2 à venir certainement d’amplitude assez faible. Peu d’incidences a priori par chez nous sur ces phases même si ça pourrait favoriser davantage d’ondulations de l’anticyclone atlantique entre le 31 décembre et le 7-8 janvier, donc favorisant un flux d’ouest oscillant nord-ouest par moment. Cela rejoint la tendance pour janvier.
La suite est peu claire concernant la MJO avec une amplitude mal cernée même si elle pourrait passer en phases 3-4. Dans ce cas là corrélée éventuellement à des effets du réchauffement stratosphérique, cela nous amènerait à la deuxième quinzaine de janvier avec une bonne probabilité d’avoir un flux zonal océanique d’ouest doux et humide.
En liaison avec l’évolution de ce paramètre (à corréler avec réchauffement stratosphérique et possibles effets ainsi qu’une AAM en baisse), le plus probable pour la France et l’Europe en général, c’est que cela se traduise par un renforcement possible notamment vers la mi-janvier du flux d’ouest océanique avec de la douceur. Très peu probable dans ce genre de configuration que cela véhicule du froid même si ça ne peut être complètement exclu. Par contre, l’Europe du nord et notamment la Scandinavie, pourraient bénéficier d’un froid important. (scénario majoritaire : doux et humide / scénario minoritaire : froid). On se retrouve donc avec la même conclusion que pour le chapitre précédent.
3) L’AAM (Atmospheric Angular Momentum)


Nous sommes en pleine phase de hausse de l’AAM via un mécanisme actuel qui s’intitule l’EAMT+ (en liaison avec le couple de montagne positif, le précédent anticyclone de l’Oural glissant sur le sud-est Asiatique via l’Himalaya qui est très important dans la mécanique des fluides). Cela engendre un coup de boost important du courant jet pacifique qui s’étend jusqu’au continent américain. C’est à l’origine des masses d’air très douces actuellement sur le continent nord américain. Par ricochet, cet AAM+ favorise un courant jet nord atlantique qui s’intensifie.

Début janvier, on devrait basculer sur une EAMT- faisant baisser l’AAM. La circulation deviendrait plus méridienne à l’échelle de l’hémisphère, avec le retour possible d’un peu plus de froid (temporairement ?) sur la côte est des USA. Pour nous, la conséquence ce serait de faire onduler un peu l’anticyclone des Açores tout en gardant assez fort le courant jet nord atlantique (surtout si de l’air froid venait à commencer à s’écouler vers Terres Neuves alimentant les dépressions). Au final, l’évolution de l’AAM vient consolider les tendances en vue qui sont douces et humides.
Pour en terminer avec l’analyse technique, El Nino arrive à son apogée et a commencé à interagir atmosphériquement parlant, favorisant le courant jet subtropical et le blocage américain via la PNA+. Cela contribue à alimenter le courant jet nord atlantique, davantage que lors des hivers La Nina. En l’absence de vrais forçages très importants faisant descendre des descentes froides sur l’Europe de l’ouest, il est évident que l’influence océanique ne peut que demeurer prédominante.
De plus pour rappel, les masses d’air chaud sont de plus en plus étendues aussi bien sur mer que sur terre, les océans et mers sont de plus en plus chauds. Pour avoir du froid en France, France qui représente un timbre poste à l’échelle de l’hémisphère, il faut maintenant des flux continentaux d’est à nord-est qui ne survolent pas les mers et océans. Les flux de nord-ouest à nord sont maintenant trop doux même s’ils peuvent amener temporairement de la neige en plaine sur un quart nord-est notamment.
Au niveau technique pour février, il faut attendre de voir comment vont se comporter ces différents paramètres que ce soit l’état du vortex polaire stratosphérique et de possibles incidences dans la troposphère, la MJO, l’AAM etc… Avec un vortex restant plus faible que la normale, on ne peut pas exclure que les blocages aux hautes latitudes deviennent plus présents notamment vers le Groenland. La modélisation du C3S pour février me semble cohérente. Pour autant d’une manière écrasante, la tendance devrait rester douce et plutôt humide chez nous. Moins d’humidité tout de même qu’en janvier.
Ne jamais oublier que sur les 2 mois à venir, une douceur largement prédominante n’exclut jamais quelques jours plus froids.
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